Paysage

Faire avec et non contre.

par Cécile Gabaix-Hialé, paysagiste concepteur DPLG.

« Le paysagiste concepteur est le maître d’ ?uvre des projets et des études d’aménagement de l’espace extérieur, depuis le jardin jusqu’au territoire ? » (éléments de définition de la Fédération Française des Paysagistes). Il est donc normal que son expertise compte lors de l’élaboration d’un permis d’aménager, puisqu’il s’agit d’opérations qui transforment le cadre de vie extérieur et qu’aujourd’hui élus et professionnels déplorent « ?enfin ? » la répétition de quartiers « ?déconnectés, banalisants, juxtaposés les uns aux autres, sans âme, sans lien ? »…

Il me semble justement que la spécificité (ou le devoir ?) du paysagiste est la recherche de sens ; non, il ne s’agit pas de faire appel au paysagiste concepteur pour chercher à faire du beau sans raison. Avant d’émettre toutes idées ou hypothèses, le paysagiste passe du temps sur le terrain, beaucoup de temps pour observer : il s’agit de bien comprendre le site pour être capable ensuite de mettre à profit ses capacités naturelles. Cet état d’esprit s’accompagne aussi d’un souci d’économie de moyens : « ?faire avec ? » et non contre.

La méthode du paysagiste concepteur s’applique en cela parfaitement aux études et projets de permis d’aménager.
L’analyse du site est une étape primordiale : elle est réalisée sur un périmètre géographique élargi (à l’échelle de la commune, de la vallée…) : dans quel relief s’inscrit le terrain, quel est le chemin de l’eau, y a-t-il des vues à préserver, des couleurs et des matériaux dominants, des ombres portées, des plantes bio-indicatrices, le sol est-il humide ou séchant, quel est l’état de la végétation existante, quel est son entretien, d’où viennent les vents dominants, quelles sont les ressources locales… Autant d’observations et de sensations qui ne s’éprouvent que sur place !
Les aspects sociaux et culturels ne sont pas oubliés puisque le paysagiste s’interroge aussi sur les habitudes et les usages des habitants : quels parcours empruntent-ils de préférence, quelles sont les liaisons privilégiées, les pratiques actuelles et passées et par conséquent les évolutions constatées…

Tous ces éléments d’observation sont transcrits sur des cartes sensibles du paysage. En équipe pluridisciplinaire cette analyse du territoire complète d’autres données. Cette connaissance est à la base de propositions cohérentes et, partagée avec les élus et les décideurs, elle garantit à la fois une meilleure intégration spatiale du projet, une meilleure compréhension et donc appropriation.

Le paysagiste recherche du sens et donc du lien : à travers sa démarche de création, il s’agit de tisser (et parfois re-tisser) des attaches, créer (ou re-créer) des rapports entre les lieux, réparer parfois des failles et des cassures. Le permis d’aménager de lotissement est un domaine dans lequel le paysagiste concepteur a toute sa place.
En partenariat avec l’architecte, l’objectif commun est d’aller vers une meilleure organisation des espaces, dans un cadre de vie respectueux des lieux et de leurs habitants.