lettre ouverte

Gabi, oh Gabi !

par Eric ROUX, Directeur de la rock school barbey (Bordeaux)

Gabi Farage, cofondateur du «  Bruit du frigo  » et de la «  Fabrique Pola  », nous laisse une nouvelle façon de réfléchir sur nos pratiques urbaines. Éric Roux lui rend hommage tout en tirant les leçons et perspectives de cette réflexion.

Gabi, oh gabi. Gabi Farage était un homme, un vrai. Certes pas de ceux qui roulent des biscottos sur la plage ou qui combattent dans les arènes sportives mais plutôt un porteur d’utopie concrète dévoué à la cause du vivre ensemble. Il aura à jamais marqué notre cité et bien au delà.

La première fois que je l’ai rencontré, il était déguisé avec ses compères Yvan Detraz et Marc Vernier en bourgeoise bordelaise. C’était pour la réception des équipes organisatrices du Carnaval des Deux Rives, alors intitulé « Quartiers Musiques », à la mairie de Bordeaux. Ils avaient contribué avec leur association « les 500 Diables » au succès de l’édition 1998. Cette boutade potache lui avait valu le surnom de BHL.

Gabi Farage, travailleur inlassable s’était emparé du concept d’éducation populaire qui, il est bon de le rappeler, n’appartient à personne ou plutôt à tous ceux qui au quotidien s’en emparent pour le traduire concrètement en action. Notamment à travers l’association le Bruit du Frigo qu’il avait créée et qu’il dirigeait avec Yvan Detraz, après des années de militantisme étudiant au sein de l’école d’architecture de Bordeaux dont tous les deux sont issus.

Car Gabi n’était jamais seul toujours collectif, un de ceux, si rares, à croire en l’intelligence collective. Ce qui constitue un des marqueurs de l’éducation populaire.

Il n’est pas question dans ces quelques lignes de faire de Gabi un héros plutôt un héraut. En effet les meilleures idées ou actions si elles ne trouvent aucun écho dans la sphère publique n’ont aucune chance d’aboutir. Gabi avait cette combativité, d’autres diraient hargne, à porter sans cesse les projets qui étaient les siens et ceux qu’il avait contribué à fédérer comme la Fabrique Pola.

Provocateur, bon enfant et généreux, il avait su mettre en rapport beaucoup de gens. Il était un marginal sécant, une personne ayant un pied dans deux mondes différents qui a priori ne se parlent pas, ne communiquent pas entre eux. Cette position est bien sûr propice à l’innovation.

L’urbanisme participatif dont ils furent les initiateurs locaux mais aussi nationaux voire européens perdurera et plus rien ne se fera comme avant.

Son engagement de tous les instants lui survivra, que mille Gabi se lèvent pour changer le monde et le rendre meilleur !