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DE-HMONP. De l’ambiguïté du titre.

par laurent vilette, architecte, enseignant vacataire à l’ensapBx

L’École Nationale d’Architecture et de Paysage de Bordeaux a accueilli au mois de juin dernier les jurys de sa quatrième session HMONP (Habilitation­ à la Maîtrise d’Œuvre en son Nom Propre).

Cette formation est dispensée dans les écoles d’architecture depuis 2007. Pour postuler, les candidats doivent être titulaires du diplôme d’architecte DE (Diplômé d’État) obtenu à l’issue des cinq années du cursus universitaire. Le titre permet d’exercer le métier d’architecte comme salarié d’une agence ou comme fonctionnaire. L’habilitation HMONP est désormais nécessaire pour s’inscrire au Tableau de l’Ordre et exercer en libéral ou en société d’architecture.

La création d’une licence d’exercice est l’une des conséquences de la mise en équivalence des différents diplômes européens. Pratiquée par plusieurs pays, il a été décidé de la généraliser. Elle correspond également à une demande du Conseil National de l’Ordre des Architectes désireux d’augmenter le niveau de qualification professionnelle des jeunes diplômés.

Le choix a été fait de confier l’organisation de cette formation complémentaire aux écoles d’architecture. Elle se déroule sur un mode alterné, partagé entre un Contrat à Durée Déterminée­ de six mois (à minima) dans une agence d’architecture et une ou plusieurs périodes de formation théorique, cent cinquante heures au total, dispensées dans les écoles d’architecture. Pour l’école de Bordeaux, celles-ci sont réparties sur cinq séminaires d’une semaine par mois. Ces quatre premières années d’expérience permettent de commencer à porter un regard sur ce nouvel aspect de la formation initiale des architectes en France.

Depuis 2007, pour la seule école de Bordeaux­, 319 étudiants sont devenus architectes DE.

Parmi eux, 217 candidats ont participé aux quatre sessions HMONP et 195 ont obtenu leur habilitation.

Il semble nécessaire de rappeler aujourd’hui encore que les candidats ne sont plus des étudiants, mais des architectes diplômés qui débutent l’exercice de leur métier.

Toutefois, en toute rigueur, ils ne pourront porter le titre d’architecte qu’une fois inscrit au Tableau de l’Ordre. À défaut, ils peuvent se dire «  titulaires du diplôme d’architecte DE  »1.

Une confusion apparait donc dans la difficulté à les nommer   : hésitation à les appeler «  architecte  » ou emploi des termes «  postulant à la HMONP  », voire «  stagiaire  » pour les désigner (!)

Si stages il y a, ils ne se déroulent plus dans les agences. Ce sont désormais les séminaires organisés à l’école d’architecture (séminaires qui s’apparentent à une formation professionnelle telle que celles dispensées au CFAA par exemple). Les rôles se sont inversés.

Devoir encore faire cette précision rejoint ainsi l’impression souvent évoquée par les candidats de ne pas avoir réellement leur diplôme. Il apparaît que la grande majorité d’entre eux s’inscrivent dans la suite immédiate de leurs études. Leur intention n’est alors pas pour la plupart d’obtenir l’habilitation en vue de s’inscrire à l’Ordre et de créer une agence, mais bel et bien de simplement terminer leurs études pour pouvoir obtenir le «  vrai  » diplôme.

À ce jour 56 architectes DEHMONP se sont inscrits au Tableau de l’Ordre des Architectes d’Aquitaine.

Cette ambigüité resurgit d’une autre manière à l’occasion des jurys de soutenances des mémoires, où candidats et membres du jury s’interrogent encore parfois sur la forme à donner à cet exercice particulier qui consiste à problématiser l’exercice de la profession «  en son nom propre  ».

Finalement, est-ce surprenant  ? Rien n’a vraiment changé dans la pratique.

L’exercice «  en son nom propre  » provient encore majoritairement d’une démarche plus ou moins longue qui permet l’apprentissage progressif des multiples connaissances techniques propres à notre profession et qui restent difficilement assimilables ailleurs que dans les différentes formes d’exercice pratique.

Vue de cette manière, la formation HMONP trouve sa vraie valeur ailleurs que dans un aboutissement qui serait l’installation «  en son nom propre  » tel que le suggère son intitulé.

Elle se révèle plutôt comme un trait d’union, semble-t-il fructueux à en croire les témoignages, entre la formation théorique dispensée par l’école et l’application professionnelle de ce savoir. Les participants y trouvent un panorama très dense qui les prépare à assimiler les multiples connaissances techniques nécessaires. Ce panorama est mis en regard immédiatement, au soir de chaque séminaire, avec le métier qu’ils ont commencé d’exercer dans les agences qui les accueillent.

Il est permis de penser que ces nouvelles générations d’architectes sauront profiter de la singularité de cette formation, qui mêle le point de vue théorique de l’école à des enseignements à connotation très pratique, pour trouver avec le temps des matières à réflexions riches pour l’exercice de notre profession.

1 article premier du décret n° 80-218 du 20 mars 1980