cultures

Nouvelle religion

par boubacar seck, architecte

L’écologie est à la mode. Mode au sens premier du terme  : manière de vivre, de se comporter, propre à une époque.

Comme tout produit porteur, les marchands du temple et les édiles à l’affût des sujets consensuels ne sont jamais loin. Ils ne marchent pas, ils accourent. Ayant compris que du côté marketing, il y a une aubaine à saisir, deux groupes se disputent les parts de marché.

Il y a d’abord les thuriféraires de l’écologie. Ils arborent, avec une religiosité soupçonneuse, les habits du green business et de ses avatars que sont le développement durable, le bio, le Grenelle de l’environnement et la haute qualité environnementale pour leurs desseins politiques, économiques ou culturelles. Ces nouveaux convertis montrent sur leur chemin de Damas, et en hélicoptère, parfois plus de zèle que les clercs de l’écologie des années soixante.

Ensuite viennent, les insurgés civils adeptes des coups de com et des coups de sang à la manière d’un Rudy Ricciotti appelant à la «  désobéissance technologique  » contre l’inflation normative. Ces athées de principe revendiquent leurs doutes avec parfois le sectarisme et les mêmes armes que ceux qu’ils combattent.

Parmi ces derniers, voici Iegor Gran. Un pitre qui d’une exaspération a fait un projet littéraire. Qui de son quotidien (compagne, amis, voisins) a fait une (auto) fiction de ce déferlement de bonne conscience. Celle-là qui empêche de ne plus penser «  sans gourou, sans nounou  »  : «  L’écologie en bas de chez moi. » Iegor Gran ne veut être, pourtant, ni chaud, ni froid, encore moins tiède réfutant le classement de sa compagne et le mien par extension  : «  La notion de température ne s’applique pas à moi, j’ai parlé de la forme, d’opportunisme.  »

Le discours infantilisant l’a révolté et a réveillé l’adulte qui est en lui. Alors, il va traquer, avec une féroce drôlerie et mauvaise foi, le charlatanisme écologique  : ceux qui vont au salon «  Planète durable  » comme d’autres à Lourdes  ; les «  green dating  »  ; les Madame Irma du réchauffement de la planète  ; le chantage des mollahs du tri sélectif  ; les films manichéens de Yann Arthus-Bertrand, l’opportunisme vue du ciel  ; le cynisme des grandes surfaces promettant de «  sauver la planète  »  ; les ONG qui sont des multinationales comme les autres  ; les prêcheurs de l’apocalypse et leur injonction sur les pets de vache et la consommation de viande.

Pour Iegor Gran, l’écologie est devenue une mine d’or de grotesque et d’absurde, le paradis des paradoxes et des oxymores. «  On ne veut pas qu’on arrête de consommer mais de consommer différemment  » s’emporte l’auteur.

Et comme le développement durable est une idéologie transcendantale, transversale et panthéiste, il lui permet d’aborder les sujets aussi passionnants et clivants que les limites de la science, l’opportunisme politique, le greenwashing, l’économie de marché, les rapports Nord-Sud, l’avenir de la civilisation, le rapport aux croyances, le rôle de la culture…

Iegor Gran use de la caricature comme les images qu’ils dénoncent. «  L’éléphant dans la brousse = gentil. Le Chrysler building = méchant.  » Il fait un parallèle douteux entre l’hélicoptère de la terre vue du ciel de Yann Arthus-Bertrand et les images de Leni Riefenstahl dans l’avion du Führer au-dessus de Berlin. Comme Al Gore évoquait la nuit de Cristal dans «  Urgence Planète Terre  » se défend-t-il. «  Le secteur marchand a récupéré le message de l’écologie. C’est la plus grosse arnaque publicitaire de ces dernières décennies  » se désole t-il.

Dans une société où l’éco-responsabilité ressemble de plus en plus à une intimation, le texte de Iegor Gran est délicieusement irresponsable.