édito

L’alchimiste

par Sara Andron , Vice présidente du Conseil Régional de l’Ordre des Architectes d’Aquitaine.Déléguée pour le département de la Dordogne.

Demain, la Dordogne se réveillera pour découvrir que son cadre de vie ne ressemble en rien à celui de la veille. L’architecte aura-t-il accompagné ce changement  ?

Exerçant sa vie professionnelle le plus souvent seul, c’est un «  faiseur  » qui assiste sans l’avoir provoqué au déplacement du discours architectural sur le terrain de la technologie et de la pensée globalisante  : les didacticiels donnent au citoyen un discernement capable et à l’élu des exigences de référence…

Un cahier des charges rarement rédigé en rapport avec les moyens dont il dispose.Le mérite d’un architecte tient autant à son talent qu’aux multiples obstacles qu’il a dû surmonter pour l’exprimer. L’architecte doit-il travailler comme l’alchimiste qui mélange ses éléments jusqu’à ce qu’un évènement architectural se produise  ?Les bâtiments reflètent aujourd’hui la condition de leur réalisation, dans un environnement lourd d’interférences.

Les différents acteurs qu’il côtoie comprennent souvent encore mal les projets sans entrevoir de lendemain concret ou visionnaire pour le paysage.Les processus de décision et de contrôle, tels qu’ils sont construits, empêchent la maîtrise globale du projet et font de l’architecte l’un des principaux responsables d’un échec à l’instar d’un retour sur investissement.

La conception architecturale est encore conçue comme un élément mineur d’un processus que façonnent d’autres volontés et sur lequel on focalise certaines trajectoires d’économie  :

le département est l’un de ceux qui souffrent le plus du dumping des honoraires de maîtrise d’œuvre alors que la part de celle-ci est minime de l’ordre de 1 à 2 % sur la proportion d’un budget opérationnel.L’architecture n’est pas intemporelle. Elle est liée à son époque. Ne s’adresse-t-elle pas encore aux être humains  ? Les architectes ne sont pas en voie de disparition, mais dans une phase déterminante de leur évolution. C’est par l’utilité publique du cadre de vie que l’architecte est indispensable pour les élus et pour le renouveau de l’environnement.

La Dordogne est un creuset de contextes, et nous avons besoin de gens qui expriment les choses avec spécificité, intégrité et personnalité. C’est par sa compétence, son engagement et son ouverture que l’architecte sera son propre sauveur.Le péril vient de l’ignorance et de la réclusion dans nos agences. Le professionnel averti du cadre de vie saura demain interagir et dialoguer en interlocuteur privilégié, en pourvoyeur de réflexions, en porteur de réussites étincelantes. Parce qu’il possède une compétence précieuse, un carnet de croquis, un œil, une main, des confrères, l’architecte peut faire de son projet la différence avec le pis-aller ou le fatalisme…