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Catharsis ou comment nous purger de nos mauvaises habitudes  ?

par annick hairabedian , architecte, administratrice et trésorière d’a&cp

Parlez nous du projet et voilà nos neurones soudain tournant à toute allure, aimantés, imaginant déjà tous ces possibles qui s’offrent à notre imagination, recensant les contraintes pour les confronter aux solutions, partis, volumes, perspectives, notre univers, notre passion.

Demandez-nous combien vont coûter nos études et patatras, nous voilà embarrassés, démunis, parfois muets ou presque offensés qu’il soit question de monnayer ce qui nous semble incalculable.

Il faut que la situation soit critique pour que les architectes acceptent de se saisir collectivement de cette question  : comment évaluer la valeur économique de notre travail, et que le décalage devienne insupportable entre les efforts fournis, le temps passé, l’engagement, la prise de risque et le jeu de considération que nous ressentons à tort ou à raison de la part de nos maîtres d’ouvrages.

On peut donc considérer que le premier pas qui consiste à poser cette question en position centrale ou incontournable, ait été franchi. Les architectes acceptent enfin de réfléchir collectivement à la question de la juste rémunération de leur travail et des moyens à mettre en place pour qu’elle soit garantie.

Il faut bien admettre que nous sommes les premiers acteurs de la dégradation des conditions économiques et sociales de nos agences.

En acceptant sans remise en cause que le cursus des architectes ne comporte pas un cycle de gestion, ou que la formation HMO en fin de cursus ne permette pas d’appréhender correctement cette question.

En remettant des offres indécentes, non seulement insuffisantes pour nous permettre de mener à leur terme les missions qui nous sont confiées, mais de nature à décrédibiliser les offres plus pertinentes et basées sur un véritable travail d’estimation du temps à passer et des moyens qui sont nécessaires pour assurer à minima l’équilibre financier de notre contrat.

C’est un travail de sape continu que nous menons contre nous-mêmes, au risque de voir, dans les conditions de crise générale que nous traversons, disparaître le métier d’architecte que nous avons connu. Ce métier qui nous permettait de travailler dans des conditions d’indépendance et avec des exigences éthiques que nous devions à notre statut d’intermédiaire entre les intérêts particuliers du client et ceux de l’entrepreneur, au regard de notre obligation d’inscrire notre travail dans l’objectif de garantir l’intérêt public.

Nombre d’architectes voient dans le rapprochement avec l’entreprise, une planche de salut, rêvant de ne se consacrer qu’à des tâches nobles de conception, laissant à l’entreprise le soin de mettre au point le projet dans ses composantes techniques et financières. Et donc, d’abandonner implicitement la maîtrise du projet qui va de pair avec les exigences de compétences techniques et de gestion financière du projet.

Point n’est besoin d’être devin pour supputer le résultat de cet abandon. S’il se généralisait, ce serait l’absorption de l’architecte dans des structures autrement puissantes sur le plan financier que notre conglomérat hétérogène d’agences souvent microscopiques au sein duquel seul un petit nombre structuré et développé peut encore afficher un niveau suffisant de crédibilité pour conserver son indépendance.

A&CP, avec l’Ordre National et Régional a essayé d’apporter modestement sa contribution, en axant son travail sur la recherche du coût moyen horaire consolidé [1] d’un architecte ou de ses collaborateurs. En cherchant des moyens simples soit une grille de calcul basée sur les 3 derniers chiffres d’affaire, les salaires des divers intervenants de l’agence au regard de leurs compétences et expériences, pour ceux dont les heures sont directement facturables afin de disposer d’un outil qui nous permette de dialoguer avec nos maîtres d’ouvrages et surtout de leur donner les moyens de positionner les différentes offres par rapport au coût du travail qui doit être effectué.

C’est un début, modeste, mais qui a le mérite de nous permettre, ensemble, de poser les bases du travail long et complexe qui nous reste à mener.

Nous le devons à nos clients, à nos partenaires de la maîtrise d’œuvre et surtout au public au sens large dont nous avons à défendre l’intérêt.

Il n’y a pas d’architecture de qualité sans que les moyens indispensables soient donnés aux architectes pour la concevoir et la mener jusqu’à sa parfaite exécution.

En synthèse ce que nous désirons développer  :

Connaître son prix de vente horaire.

Sur la base de la grille simplifiée proposée, du résultat de l’enquête auprès des confrères régionaux et en fonction des questions soulevées, organiser une demi-journée de travail avec un expert comptable afin d’affiner la méthode.

Savoir estimer un devis pour une opération.

Par un tableau recensant le travail à répartir et à remettre par chaque partenaire de la maîtrise d’œuvre, la chronologie d’enchaînement des tâches et la durée des dites tâches.

Savoir estimer le temps à passer pour chaque partie de mission.

En matière de conception, c’est la partie la plus difficile de l’exercice. Cela s’apparente à un suivi analytique de gestion.

Savoir négocier le montant d’une offre pour une opération.

A partir du tableau de l’offre, base de la négociation à prendre objectivement point par point.

Savoir faire un bilan pour une opération.

Toujours à partir du tableau de l’offre revu après négociation et suivant contrat. Base comparative à suivre en fonction de l’offre initiale et du déroulement effectif constaté.

Notre objectif  :
Partager un outil que nous aurons mis au point collectivement afin d‘établir les bases d’une concurrence loyale qui permette à l’architecte qui sera finalement titulaire du contrat de le mener à bien dans les meilleures conditions économiques possibles. Ceci afin de respecter nos engagements et de faire respecter nos compétences et nos responsabilités.


Notes

[1] coût moyen horaire consolidé  : coût comprenant salaires nets, charges sociales et patronales, charges de fonctionnement, compris tous frais annexes.