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Archéologie d’une utopie

par Laurent VILETTE, architecte.

En préambule d’une formation à la conception d’un Permis d’aménager (ou tout simplement pour le plaisir), on pourra lire l’étrange ouvrage de fiction de Fanny Taillander, « Les états et empires du Lotissement Grand Siècle ».*

Un groupe de nomades mène le temps de quelques jours « l’archéologie d’une utopie » dans les vestiges d’un lotissement, pour comprendre un temps disparu où l’humanité était sédentaire.

L’exploration rudimentaire, par une série de textes courts qui prennent la forme d’un jeu littéraire, questionne les traces d’un temps devenu incompréhensible et formule des hypothèses.

Il y est question pêle-mêle du parpaing et de sa racine latine perpes, perpétuel, du « plan du lotissement (comme) l’expression parfaite de la vision que le pouvoir se fait de son rôle et de son peuple », de boucles, de communication et d’évacuation, de crédit et de crédo, de l’assourdissante absence des tombes, d’un constat de ressemblance entre une reproduction de la Marie-Madeleine au miroir de Georges de La Tour et les dépouilles des téléviseurs muets qui évoquent des rites perdus.

Au moment de devoir repartir, les nomades ne savent pas s’ils ont compris l’énigme du lotissement. Seule certitude, celle de la valeur de l’archéologie comme miroir : « dans ces étranges vestiges, nous avons cherché à distinguer nos prémices, à lire les augures de nous mêmes – les indices de notre désir ».

Une petite bibliographie sur le lotissement et sur les sédentaires clôt l’ouvrage (mais pas le sujet).

* sur une suggestion de Vincent Arné

« Les états et empires du Lotissement Grand Siècle – Archéologie d’une utopie »Fanny Taillander, PUF éditeur, 2016