Patrimoine

La loi, l’architecture et le patrimoine

par Xavier CLARKE DE DROMANTIN, conseiller Architecture DRAC Nouvelle-Aquitaine.

La loi relative à la liberté de la création, à l’architecture et au patrimoine (LCAP) promulguée le 7 juillet 2016 a un triple objectif : garantir la liberté de la création, promouvoir la qualité architecturale et moderniser la protection du patrimoine. Le rapprochement au sein d’une même loi de trois disciplines de l’action culturelle, trop souvent dissociées, souligne clairement la volonté de créer une nouvelle dynamique d’intervention au service de l’intérêt public. Cette ambition sous-tend que, d’une part, la liberté de la création n’est pas une liberté sans responsabilité et que, d’autre part, le patrimoine est un support de création à part entière. Elle consacre une approche élargie du patrimoine englobant les biens culturels, les archives, les vestiges archéologiques, les monuments historiques, le patrimoine immatériel et ethnologique et, au-delà, l’architecture et les paysages culturels.

La loi LCAP conforte et modernise la protection des patrimoines considérés comme un formidable atout et une ressource rare dont la valorisation s’inscrit en cohérence avec la politique d’aménagement durable de notre environnement. Elle renforce la protection et l’étude des éléments significatifs du patrimoine archéologique. Elle simplifie le droit des espaces protégés en introduisant la notion de « site patrimonial remarquable » en réponse aux attentes des publics et des territoires. Elle étend enfin les enjeux de valorisation du patrimoine à la promotion de la qualité architecturale, urbaine et paysagère au service de la transformation du cadre de vie au quotidien.

Il s’agit, plus concrètement, d’inscrire la protection du patrimoine mondial dans les outils de planification urbaine, d’ouvrir la politique de protection à la concertation et la médiation auprès des usagers, d’élargir la notion de patrimoine culturel à la production architecturale récente, de transformer automatiquement les différentes catégories d’espaces protégés existantes en « sites patrimoniaux remarquables » et de sauver ainsi plus de 600 zones de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager (ZPPAUP) menacées de disparition par la date couperet du 14 juillet 2016. Plus qu’un simple changement de dénomination, les « sites patrimoniaux remarquables » ont vocation à relancer la politique en faveur du patrimoine urbain et paysager et à jouer un rôle majeur au sein des projets de redynamisation des petites villes en décroissance.

En supprimant les frontières entre création, architecture et patrimoine, la loi LCAP a pour principale ambition d’encourager la société civile à devenir acteur de la fabrique du cadre de vie et à changer le regard porté sur son environnement quotidien en considérant l’architecture comme un patrimoine en gestation et le patrimoine comme une matière malléable et évolutive.

Pomerol - Petrus - Herzog et de Meuron photographie  : Xavier Clarke de Dromantin