profession

Ne soldons pas notre valeur ajoutée

par Michel Moga , président de l’Ordre

Une agence d’architecture à besoin de projets et d’une continuité harmonieuse de ses missions. Les Architectes doivent vivre correctement de leur travail, compte tenu du grand nombre d’heures passés, de l’énergie et de la passion nécessaire.

Une récente enquête de l’Ordre National a montré que la rémunération moyenne annuelle des Architectes était de 41.000 !, soit moins de 3.500 ! / mois, mais 50 % des Architectes ne gagnent pas 30.000 ! par an. Les agences d’architectures sont trop morcelées : 2,5 personnes par agence, nous devons regrouper nos compétences pour devenir des Entreprises d’Architecture.

L’Architecte est le seul intervenant de l’acte de bâtir à avoir une connaissance complète et transversale du projet du début à la fin de l’opération.

Il assume la responsabilité du projet que lui confie le Maître d’Ouvrage. Le mode de pensée des Architectes, projectique, est indispensable à tous les échelons de l’acte de construire. Cette spécificité a une valeur qui ne peut pas être bradée.

Enfin la création architecturale est d’intérêt public (loi de 77) et notre déontologie nous oblige à un comportement exemplaire entre nous et envers nos Maîtres d’Ouvrage.

Dans notre cas, il s’agit plutôt de la pratique du bas prix, plutôt que de celle de la vente à perte délibérée

Bien sûr le coût des missions diffère en fonction des types d’agence, de leurs ambitions et de leur management. Mais les honoraires recouvrent deux prestations :

  • il ne doit pas y avoir de conflit d’intérêts entre le caractère culturel de la mission d’Architecte et le caractère commercial de la rémunération.
  • la notion de qualité Architecturale et la valeur du geste d’Architecture ne sont pas quantifiables. Chaque agence a sa culture, son histoire, ses stratégies, ses références.

Tout Architecte peut répondre à tout type de programme, la démarche peut prévaloir sur les références spécifiques au type de projet demandé. C’est le vrai gain du Maître d’Ouvrage. Il ne se traduit pas en prix, mais il a une valeur.

La Maîtrise d’oeuvre généralement exercée par une équipe pluridisciplinaire dont l’Architecte est le mandataire allie temps passé et savoir-faire.

Nous devons connaître le coût du travail de l’agence afin de nous situer par rapport à la complexité des missions, étant entendu que la notion de barème n’existe plus en France alors qu’il est encore en vigueur dans d’autres pays européens.

C’est pourquoi il faut bien lister les charges, déterminer le coût horaire de chaque intervenant de l’agence, savoir qu’un chiffre d’affaire de 80.000 à 100.000 ! par personne est nécessaire au fonctionnement d’une agence, faire une analyse du coût par phase et le bilan des rétrocessions, afin de pouvoir extrapoler en connaissance de cause ces acquis pour des propositions sur d’autre projets.

Il faut aussi, à partir de deux éléments que sont le budget du Maître d’Ouvrage et la note de complexité, bien prendre conscience des enjeux du projet. Ce sont les exigences du Maître d’Ouvrage et les aléas de la mission tels que les appels d’offre infructueux, la défaillance d’entreprises en cours de chantier nos rapports avec les bureaux d’études techniques ou co-traitants.

Un travail mal vendu provoque de lourdes conséquences pendant tout le projet, voire une démotivation. Et se résoudre à adapter le nombre d’heures au montant des honoraires est contraire à notre déontologie : nous ne nous donnons pas ainsi les moyens de bien servir le Maître d’Ouvrage. Cela évitera de tirer notre pratique vers le bas, alors que les exigences sur les projets sont de plus en plus grandes : réglementations accessibilité et sécurité, PLU, Développement Durable. Cela éviter aussi de donner des mauvais niveaux de références à nos MO

Le projet ne doit pas être réduit à un objet purement technique.

L’architecture a un prix, l’architecture est incontournable.

Nous comporter de façon exemplaire en restant unis, solidaires, en respectant la déontologie, est une condition sine qua non pour nous faire respecter en retour. Aider nos maîtres d’ouvrages et nos élus à se former, assumer nos propres responsabilités. La différence de prix de la Maîtrise d’oeuvre n’est pas un élément qui change fondamentalement l’opération. Même et surtout en période de crise, il faut sortir de la culture du bas prix et du rabais. Bien sûr la négociation doit rester possible, mais négocier c’est défendre et expliquer sa position en étant à l’écoute du point de vue de l’autre.

En conclusion :

La qualité doit avoir un juste prix, ne nous laissons pas appauvrir par le Dumping des honoraires, les BET indélicats, les Maîtres d’Ouvrages publics, mais surtout privés qui doivent comprendre que la qualité et la quantité de travail nécessitent du temps et doivent avoir un prix, des PPP ou des missions Conceptions-Constructions qui ne demande qu’un permis de construire.

NOTRE TRAVAIL EST GLOBAL ET LA CREATION ARCHITECTURALE EST D’UTILITE PUBLIQUE