profession

1977 — 2017. Le fil d’Ariane

par Claude Bouey, un girondin de 88 ans, convaincu.

Chères consoeurs, chers confrères, chers architectes, je suis inquiet.

Nous nous sommes, au cours de ces dernières années, laissés entrainer dans une dangereuse dérive, à savoir ne plus pouvoir exercer notre métier, celui d’architecte au sens étymologique du terme. Je ressens de plus en plus la nécessité urgente d’agir.

Déjà, en 1977, nous étions une poignée qui s’était donné comme mission de sortir du marasme et nous avions réussi en faisant promulguer la loi sur l’architecture du 3 ?janvier 1977. Mais les années passant, la situation s’est délitée, la société s’est complexifiée et il nous faut reprendre le combat.

D’abord, à l’encontre de ce que l’on pourrait penser, il n’y a pas « trop » d’architectes. Nous sommes environ 1 architecte pour 2 000 habitants, alors que la Grande-Bretagne compte 1 architecte pour 1 800 habitants, la Belgique 1 architecte pour 800 habitants, l’Italie 1 architecte pour 400 habitants.

Donc, le problème n’est pas dû à un surnombre mais à un déséquilibre entre l’offre et la demande. Les missions partielles sur la majorité des opérations de la promotion privée, ainsi que les 60 % de constructions qui échappent aux architectes, empêchent l’équilibre.

La Stratégie Nationale pour l’Architecture entre alors en scène et impacte favorablement l’opinion politique : une cellule de réflexion dont la tâche est de mettre en exergue les différents sujets qui polluent l’essence même de notre mission sociétale, puis d’y proposer des solutions innovantes.

La profession, s’impliquant toujours plus, devient force de proposition pour gagner des parts de marché. Le logement individuel via les permis d’aménager et des délais favorables, le permis de faire et d’expérimenter en remplacement de règles obsolètes, l’évolution des procédures de marchés publics, la reconnaissance de l’architecte comme auteur de chaque bâtiment… portée par Patrick Bloche, la loi CAP vient changer la donne. Pour les architectes et pour toutes celles, tous ceux, qui ne se satisfont pas d’une France moche.

Les décrets d’application ne vont plus tarder. Nous en sommes là et je suis rassuré.

Il faut aussi s’adapter au numérique. Nous ne pouvons pas faire différemment. Le BIM vient révolutionner la vision des volumes, l’organisation de la technique et les méthodes de travail. Mais celui-ci est un outil - n’est qu’un outil - qui évolue. Je ne nie pas du tout l’importance de l’équipe de maîtrise qui ?uvre sur le projet, mais l’architecte doit être le BIM-manager. Car au travers de la résolution des techniques, le fil d’Ariane reste la pensée initiale de l’architecte.