carte blanche

Une tribune libre donnée à une consœur ou un confrère tiré au sort parmi les architectes de la région Aquitaine – Limousin – Poitou – Charentes

L’avenir ? Avec plaisir !

Chronique du 1er juin 2046

par Alterlab architectes – 4 rue de la Désirée 17000 La Rochelle - www.alterlab.fr - Inscription à l’Ordre : S13594.

Myrtille, Oscar et Léonard ont une trentaine d’années et sont architectes. Plus exactement, comme tous les architectes en Europe depuis 2032, ils ont tous les trois un double profil qui leur permet d’appréhender la multitude d’aspects que revêt aujourd’hui encore plus qu’hier, ce métier.

Myrtille est architecte-agronome-botaniste, mais elle préfère se qualifier de permarchitecte, en référence à la permaculture. Pour elle, c’est une compétence indispensable pour comprendre et concevoir ces bâtiments dans lesquels le végétal est partie prenante du bâti mais aussi de la ville.

Oscar est architecte et biotechnologue, très influencé par le courant de pensée de Négawatt datant du début du siècle. Son sacerdoce  : éviter le «  tout technologique  » (justement  !). Il travaille actuellement sur un projet d’immeuble entièrement rafraîchi «  naturellement  » en Guyane, grâce à un procédé ancestral perse, le refroidissement par évaporation améliorée.

Quant à Léonard, il a toujours mené de front son intérêt premier pour l’anthropologie numérique et celui, plus tardif, pour l’architecture  ; il développe en parallèle de chaque projet les outils numériques de travail collaboratif. Son but  : encourager de manière simple et licite la diffusion de l’architecture, en mutualisant les savoirs, en ouvrant agences et écoles aux débats citoyens.

Aujourd’hui, c’est un jour un peu spécial pour Myrtille, Oscar et Léonard. Ils s’apprêtent, comme tous les ans, à ouvrir les locaux de leur agence Alterlab à La Rochelle, dans le cadre des Journées Portes Ouvertes des agences d’architecture. Cette tradition vieille de plus de 30 ans (comme l’agence Alterlab, créée en 2009  !), a su se renouveler et participe, encore aujourd’hui, à renforcer les liens et le dialogue entre les architectes et le «  fameux  » grand public.

Ce que le grand public a pu évoluer en 30 ans, et le métier aussi bien entendu  ! Il paraît qu’à l’époque, seuls quelques curieux se déplaçaient dans les agences pour voir ce qu’il s’y passait. Aujourd’hui, il est inconcevable de ne pas envisager ces «  agences  » comme des lieux de vie et d’échanges à part entière de la Cité. Les locaux actuels de l’agence Alterlab, construits en 2023 sur pilotis, face à la mer, ont déjà résisté aux tempêtes Xynthia 2 et Xynthia 3. Ils accueillent chaque semaine des particuliers passionnés par la conception de leur futur habitat partagé, des ingénieurs voulant appliquer des technologies émergentes aux bâtiments, des promoteurs soucieux que leurs bâtiments soient plus vertueux et plus efficients que ceux de leurs prédécesseurs, des bailleurs en quête d’expérimentation pour loger le plus grand nombre dans les meilleures conditions…

Et qu’elle paraît petite celle qu’on appelait la grande région à l’époque, quand La Rochelle avait peur de se «  faire grignoter  » par Bordeaux la Métropole. Pour ces enfants des années 2010 qui ont eu l’opportunité de faire leurs études dans 3 ou 4 pays différents, qui croisent quotidiennement dans leur activité plus de 10 nationalités, et qui se déplacent le long de la côte atlantique à une vitesse inenvisageable il y a 30 ans grâce au cybertran (train aérien ultraléger) qui place Bordeaux à 40 minutes de La Rochelle, l’échelle du territoire a changé. Ils peuvent travailler avec l’autre côté de la planète et gérer des chantiers depuis n’importe quelle place, notamment grâce au SIM (compilation apparue en 2026 du BIM et du SIG), et ont pourtant choisi de revenir à La Rochelle, ville parmi tant d’autres ayant réussi sa «  transition connectée  ».

Mais ce qui fait vibrer ces 3 jeunes architectes en 2046, et ce pourquoi ils participent à cette journée particulière, c’est de faire perdurer un esprit qui existait dès les premières années de l’agence Alterlab, en faire un lieu ouvert, accueillant, d’échanges et de convivialité. Chaque fois, les rencontres et les regards croisés enrichissent leur approche et leur redonnent un plein d’énergie. Somme toute, le dessin a beau avoir changé, le dessein reste bien le même, susciter dans la rencontre avec l’autre, au-delà du désir d’architecture, un véritable désir d’architecte.