profession

«  On vit une époque formidable !  »

par Vincent Arné, architecte.

Reiser au début des années 80 illuminait les suites du second choc pétrolier, la désindustrialisation massive et l’avènement d’un nouveau parti institutionnel raciste par ce regard amoureux sur la bêtise humaine. Après 10 ans de HQE, la démarche faisant désormais partie intégrante de tout appel d’offre, on se rend bien compte que ce virage technique et industriel, bien que vital pour toute agence, n’est en rien moteur dans l’amélioration des conditions de la commande. L’uberisation des professions exerçant un monopole nous amène inéluctablement vers des pratiques non conventionnelles de l’architecture pour accéder à la commande. Horizontalité des organisations d’agences, association par groupement de compétences au gré des commandes, entreprises mixtes, les alternatives à la pratique traditionnelle ne manquent pas. Le renouvellement de la discipline, passe avant tout par la capacité des architectes à réinventer une commande qui est devenue un vecteur d’appauvrissement intellectuel et financier.

Les réussites sont paradoxalement nombreuses et diluées comme en témoignent les programmations culturelles liées à l’architecture. Nouvelles du front, la thématique de la biennale de Venise cette année, proposée par Alejandro Aravena est en total adéquation avec l’idée de repositionner l’architecture dans le champ politique. L’exemple des productions de Simon Teyssou et son activité de soutien et de développement urbain à des mairies de petite taille dénote d’une créativité et d’une connaissance parfaite des mécanismes de mise en œuvre de la commande. Ces exemples reposent sur une compréhension et une appropriation de la programmation urbaine, une insertion au plus tôt dans les mécanismes de décision institutionnels, et une capacité à décrypter et à mettre en œuvre les modes de financement pour pouvoir exister.

L’intervention de Christian Patey pour le vernissage de l’exposition Argent Logement Autrement, illustre cette volonté de faire varier les curseurs en assumant l’architecture et la promotion de plusieurs opérations de logement. L’espace de liberté créé par la prise en charge de ces deux casquettes aboutit d’une part à des bâtiments généreux, contextuels dont les surfaces sont moins contraintes, et d’autre part à des conditions de travail meilleures pour l’architecte. Cette tendance se matérialise différemment dans les rendus de l’exposition Europan qui se concentrent sur le processus et la mise en place des usages, la profession serait-elle en train de se re-politiser et de se détendre sur l’idée de pureté architecturale ?

L’exposition constellation.s sera elle aussi consacrée à des pratiques architecturales alternatives au même titre que l’exposition Matière Grise qui débute au 308 de manière concomitante. Cette dernière pose très clairement la question du développement d’alternatives à la construction traditionnelle par le biais du recyclage et du réemploi. L’exposition est comme to ujours d’entrée libre et exceptionnellement accessible, à ce titre elle est susceptible d’intéresser vivement les enfants et les enseignants.

Ce printemps l’offre culturelle autour de l’architecture est pléthorique. Festival du film d’architecture à Bègles (FIFAAC), constellation.s et le Cycle Matière qui commencent au 308 par l’exposition Matière Grise, en parallèle avec les Architectes ouvrent leurs portes et Les Journées à Vivre. Elle marque à la fois une vitalité intellectuelle et culturelle de la discipline, l’affirmation d’un positionnement politique dans des pratiques non conventionnelles de l’architecture.