édito

Fier d’être architecte  ?

par Eric Wirth, président du Conseil Régional de l’Ordre des Architectes d’Aquitaine.

Bien formé, bien assuré, et de bonne moralité. Telles sont les qualités pour pouvoir se dire «  architecte  ». Et le Conseil régional de l’Ordre en est le garant vis-à-vis de la société.

Et c’est parce qu’il y a cet engagement fort, que l’État nous a conféré un monopole. Ce monopole envié, et notamment par nos amis ingénieurs, paysagistes, etc. doit être défendu aussi longtemps que l’architecte et l’architecture seront considérés comme un luxe, et non pas comme un droit.

Mais de quel monopole parle-t-on  ? Pas celui de bâtir, 70 % des travaux de bâtiment se font sans nous. Celui de la maîtrise d’œuvre  ? Probablement pas, puisque les architectes sont trop souvent renvoyés à leur table à dessin, ou à leur souris, une fois le permis de construire obtenu, pour être remplacés par de «  vrais  » maîtres d’œuvre.

Notre monopole est celui de la conception du projet architectural, c’est-à-dire cette étape fondatrice de la vie d’un bâtiment, d’un espace, d’une ville et de celle des usagers pendant des décennies. Le monopole, c’est celui de ce chemin tortueux, semé de difficultés, de doutes, mais aussi de tentations, le chemin entre l’expression d’un besoin au milieu d’un océan de contraintes, et la formalisation d’une volumétrie, d’une matérialité, d’une technique, préfiguratrice d’espaces de vie appropriables  : le projet.

Notre monopole, c’est celui du concept, de l’idée. Nos idées sont donc bien, non seulement ce qui nous caractérise, ce qui nous rend utiles et nécessaires, mais plus simplement ce qui justifie l’exclusivité que l’État nous a donnée  !

Nos idées sont donc fondamentalement notre bien le plus précieux, celui qu’il faut valoriser le plus chèrement, puisqu’il constitue l’essence même de notre métier et de son existence.

Alors comment ne pas se consumer de colère en constatant que ce bien si précieux ne vaut rien. Il ne vaut rien, dans le cadre d’un concours d’idées où très cyniquement, le commanditaire brille grâce à la valeur des idées produites à perte par des centaines d’agences. Il ne vaut rien, quand il suffit d’appeler un concours «  appel d’offres  » pour obtenir illégalement des projets, sans indemniser les concurrents. Il ne vaut rien puisqu’il semble admis (!?) qu’un architecte ne peut prétendre à être rémunéré de son travail par son promoteur qu’après obtention du permis de construire, voire purgé du délai de recours  !

Je n’oublie cependant pas que ces règles du jeu sont acceptées par les architectes, et si la crise peut expliquer, elle ne justifie pas toujours tout.

Alors vivement l’Archipride du 18 mars, pour qu’on soit enfin fiers d’être architecte  !