édito

Même pas cap  !

par Éric Wirth, président du Conseil Régional de l’Ordre des Architectes d’Aquitaine.

Quand j’étais petit, chez mes grands-parents, comme dans beaucoup de vieilles maisons alsaciennes, il y avait une porte qu’il était interdit d’ouvrir. Souvent la porte du grenier, où la poussière et les toiles d’araignées couvraient, ou couvaient, les vieilles histoires familiales, le passé. Avec les copains, nous nous jetions des défis  : «  même pas cap  » aurions nous dit si nous nous étions à l’époque exprimés en français et non en dialecte. La crainte que nous inspiraient les conséquences graves qu’on nous prédisait nous faisait toujours reculer.

De même, au repas dominical, beaucoup de sujets n’étaient jamais abordés, de peur probablement d’ouvrir la boîte de Pandore. On ne remettait rien en cause. Les actes et le fonctionnement de la famille, et plus largement du village, étaient tout simplement justifiés par le fait «  qu’on avait toujours fait comme ça  ».

Tout cela sous le portrait du grand-père, à qui on avait prédit la mort de son métier, ce à quoi il répondait inlassablement, avec son bon sens paysan, que «  les charrettes auraient toujours besoin de roues  ». Qui se souvient aujourd’hui du métier de charron, disparu au milieu du XXe siècle  ? Son métier a disparu car il n’avait pas vu que le monde changeait, et qu’il ne répondait plus à la demande de la société. (Heureusement, il s’était reconverti dans la viticulture, ce qui m’a été plus profitable pour le passage à l’âge adulte.) Il n’avait pas la chance, comme nous, d’être protégé par une loi qui lui conférait un monopole, et rendait donc son intervention obligatoire.

Ayons toujours en tête qu’une espèce protégée est une espèce menacée.

À ce titre, je dois faire mon mea culpa. Dans ce même journal, il y a peu, j’exprimais mon scepticisme quant à la Stratégie Nationale pour l’Architecture (SNA) et la loi CAP. Je me félicite aujourd’hui de leur avancée, même si la loi n’est pas définitivement écrite et encore moins votée, celle-ci traduit un signe fort de l’État en faveur de l’architecture et des architectes, généralement plus malmenés. L’engagement total de Catherine Jacquot et du Conseil national, qui ont bien compris que l’opportunité était historique, n’y est pas étranger.

Le seul bémol, c’est qu’une fois de plus, c’est par la loi, et donc par la contrainte, que l’architecte s’impose. Personnellement, je ne souhaite pas être un architecte imposé, je veux être un architecte désiré.

Pour cela, et pour être en phase avec le monde actuel et les attentes de la société, nous devons collectivement inventer l’Architecte de demain. Mais pour cela, il va falloir ouvrir des portes. Même pas cap  ?

Bonne année à tous, et Vive l’architecture et les architectes.