développement durable

Déconstruire. Rotor, le tournant d’une jeune agence belge.

par Julien Vincent, architecte, rédacteur en chef du journal 308.

Depuis la rentrée, les conférences passionnantes se succèdent au 308 et ailleurs. C’est sans doute celle de Maarten Gielen, chez «  arc en rêve centre d’architecture  » qui m’aura le plus marquée.

Rotor est le nom de son agence d’architecture bruxelloise qui construit depuis une dizaine d’années. Après quelques antécédents dans le domaine de la réutilisation d’objets ou de matériaux, l’agence s’est récemment lancée dans une procédure hors du commun  : en accord avec les instances politiques, ils ont créé un formulaire administratif à remplir en amont de tout projet de rénovation ou de démolition, pour être informés lorsqu’un bâtiment pourrait comporter des éléments intéressants à déconstruire.

On imagine alors un grand hangar plein de vieux matériaux, un mélange de LeroyM et de garage d’un brocanteur… Mais non, cet espace de stockage est un simple site internet en ligne - rotordeconstruction.be - sur lequel sont référencés les produits à vendre. Les clients peuvent faire leur choix, venir voir les matériaux sur place, puis l’équipe de Rotor ira démonter, nettoyer et préparer les éléments.

Le risque financier est minime, puisque le démontage n’a lieu que si la vente est validée. Par contre, les gains sont importants  : réduction des déchets et des émissions de CO2, réduction des coûts de démolition, baisse des budgets des constructions utilisant le réemploi, et une formidable augmentation d’activité pour l’agence Rotor.

Si tout n’est pas vendu à la fin du mois, ce n’est pas grave, ils ont un autre chantier à inventorier le mois suivant.

Leur expertise consiste à savoir reconnaître le «  produit à proposer  » du produit qu’il vaut mieux ne pas conserver, en s’appuyant sur leurs connaissances techniques et réglementaires. Par exemple, un garde-corps aux normes obsolètes ne sera pas proposé, mais des parquets ou poignées de portes d’exception feront le bonheur de leurs trois types de clientèles  : les collectionneurs recherchant les pièces rares et les achetant à bon prix, les opportunistes achetant moins cher que neuf et plus qualitatif, et les engagés choisissant le réemploi par volonté de bon sens et d’économie circulaire.

Sur l’aspect réglementaire du réemploi en construction neuve et de l’absence d’assurance, l’agence Rotor répond qu’il vaut mieux poser un matériau en parfait état après 30 ou 40 ans d’utilisation, plutôt qu’un autre à la durée de vie programmée sur sa garantie.

Les réglementations n’évoluent pas encore profondément, mais les opinions politiques semblent s’ouvrir, petit à petit, devant ces prémices d’une économie circulaire et de nouvelles activités pour la filière construction.

En parallèle de cette aventure passionnante, nous pouvons retenir une chose primordiale  : les architectes sont capables de créer de nouveaux domaines d’activité, utiles à tous, dans lesquels leur expertise est nécessaire.

Le métier d’architecte va vivre une révolution dans les dix prochaines années, c’est une certitude  ; chers Aquitains, n’ayons pas peur d’en être le moteur.