édito

Aux armes  !

par Éric Wirth, président du Conseil Régional de l’Ordre des Architectes d’Aquitaine.

L’architecture n’a jamais été un sport de combat.

L’architecture est un combat. Une vieille loi, probablement oubliée, avait déclaré la création architecturale d’intérêt public. Et cela fera bientôt 40 ans que les architectes avancent (en ordre dispersé malheureusement) derrière cet étendard, en mettant systématiquement cette pauvre création architecturale à toutes les sauces, au point qu’elle n’a plus de goût et qu’elle est devenue totalement insipide pour la société française.

Où est l’intérêt public de l’architecture pour le Ministère des Finances dans la loi Macron qui autorise désormais n’importe qui à édifier un bâtiment agricole de moins de 800 m2, sans le concours d’un architecte  ?Où est l’intérêt public de l’architecture pour ce même ministère dans la suppression annoncée de la procédure de concours, dans le cadre de la transposition en droit français de la Directive Services  ?

Où est l’intérêt public de l’architecture pour le Ministère des Finances, encore lui, dans la généralisation des contrats globaux, au seul profit de quelques grands groupes à qui on déroule plus que jamais le tapis rouge de leur inquiétante et implacable hégémonie  ?

Où est l’intérêt public de l’architecture pour le Ministère du Développement durable lorsque les architectes sont systématiquement oubliés dans le grand chantier de la transition écologique  ?

Où est l’intérêt public de l’architecture pour le Ministère de l’Intérieur qui, après avoir créé les SPL, les Semop… a mis en discussion à l’Assemblée le projet de loi NOTRe (Nouvelle Organisation Territoriale de la République) qui prévoit d’étendre les missions d’assistance technique des départements au profit des communes aux domaines de la voirie, de l’aménagement et de l’habitat  ? Avec l’APGL, nos confrères béarnais savent déjà ce que cela peut signifier.

Et enfin, où est l’intérêt public de l’architecture pour le Ministère de la Culture sur tous les sujets qui remettent gravement en cause l’article 1er de la loi de 1977, sa loi  ? Silencieux, incapable de faire signer le décret sur l’abaissement du seuil, pourtant prêt depuis des années, sourd aux besoins de réforme de l’enseignement et de la HMONP, absent sur le sujet de la formation permanente portée par le Cnoa…, il vient de lancer la Stratégie Nationale pour l’Architecture… Sans commentaires.Dans ce combat qu’est l’architecture, nous sommes seuls. La question de notre tutelle doit être posée. Aujourd’hui. Surtout si nous étions la dernière génération d’architectes.

Vive l’Architecture, et ceux qui la défendent  !