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A la lisière de l’architecture

par Vincent Arné architecte

La raréfaction de la commande nous amène tous à chercher des solutions pour valoriser notre production. On constate aujourd’hui que de plus en plus d’agences existent entre graphisme, urbanisme, architecture d’intérieur, installations et paysage ; non contentes d’enrichir intellectuellement leur quotidien, ces pratiques sont généralement la porte d’entrée dans le métier permettant en définitive de travailler, d’exister et d’accéder à la commande.

Ce type de démarche ramène une fois encore l’architecture vers l’ambiguïté de sa relation aux disciplines artistiques gravitant dans le champ urbain. Souvent tentée de revendiquer une supposée légitimité d’art total, l’architecture se retrouve en définitive marginalisée à tel point que l’on peut déplorer récemment son absence totale du conseil culturel de la ville de Bordeaux. On s’étonne de l’ambivalence d’un métier qui oscille entre l’énorme coefficient de sympathie dont il bénéficie et la précarisation de son statut, stigmate de son incapacité à valoriser ce qui fait sa spécificité : un humanisme généraliste et éclairé, la tendance lourde étant plutôt à la spécialisation et au cloisonnement.

Nous devons répondre en tant qu’art appliqué à une injonction paradoxale : produire des œuvres significatives dans le champ de la culture et prouver en permanence notre capacité d’absorption des normes et de la composante administrative de nos métiers : à force de généralisme, notre champ d’action est grignoté par des spécialistes. Il n’émergeait pas autre chose de la discussion entre Bernard Blanc, directeur d’Aquitanis, et Aline Rodrigues-Lefort de l’Atelier Provisoire au 308 le 24 février. Constatant l’absence effective de retour sur investissement, le bailleur social est en train de questionner l’hyper-règlementation dans une opération de logements low-tech qui avec un minimum d’acculturation de la part des usagers leur garantis un coût énergétique maitrisé.

Les initiatives du Bruit du frigo, parcourent avec brio les limites du champ urbain, entre performances, explorations paysagères, installation et activisme social ; la structure parvient depuis des années à générer des productions culturelles significatives qui donnent à percevoir l’architecture dans ce qu’elle a de ludique et de passionnant. Pédagogie édition et une production plastique ancrée dans le graffiti sont autant de facettes des travaux de l’agence SCRIPT. Plus récemment, Arnaud Théval, artiste et enseignant à l’ensapBx amène ses étudiants vers la matérialité par le biais de l’édition, du théâtre et avant tout de l’art contemporain.

Nous avons moins de boulot c’est un fait, profitons-en pour nous saisir avec intensité de notre espace culturel, étoffons nos pratiques, élargissons notre zone d’influence, l’architecture a tout à y gagner.