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Vous avez dit BIM ? Mais c’est quoi le BIM ?

par Camille Dugarry, architecte DPLG

Poussé par le gouvernement qui prévoit de progressivement le rendre obligatoire pour les marchés d’état en 2017 (annonce de Cécile Duflot en mars dernier) le BIM arrive en France.

Mais qu’est ce que le BIM  ?

Beaucoup de définitions plus ou moins digestes circulent. Pour les résumer, le BIM* c’est une méthode de travail basée sur la collaboration autour d’une maquette numérique.

On appelle «  maquette numérique  » une maquette 3D comportant des renseignements sur la nature de tous les objets utilisés. Par exemple, un mur n’est plus simplement l’extrusion d’un ensemble de lignes en deux dimensions mais un objet, fait de couches de différents matériaux avec des propriétés structurelles, thermiques, acoustiques...

Dans un processus de conception BIM abouti, chaque acteur de la construction devrait utiliser cette maquette, initialement conçue par l’architecte et en tirer les informations dont il a besoin. Il pourra l’alimenter de nouvelles informations pour aboutir au final à un objet virtuel, parfaitement représentatif de la construction qui sera mise à jour par le maître d’ouvrage tout au long de la vie du bâtiment.

Cela présente un double intérêt en phase de conception et de construction  : éviter d’avoir à ressaisir des informations et créer une «  carte vitale  » du bâtiment exploitable par le maître d’ouvrage.

La plus-value du BIM, souvent mise en avant par les maîtres d’ouvrage, est l’économie réalisée sur les opérations de maintenance grâce à la maquette numérique. Mais de quoi ont-ils vraiment besoin  ? Il sera indispensable pour bien répondre de bien les définir, de savoir jusqu’à quel niveau de détail la maquette numérique doit être renseignée.

À chaque phase doit correspondre un niveau de définition. Devra-t-elle donner uniquement des informations sur les surfaces et les fonctions de pièces, ou devra-t-on être capable de connaître la marque des luminaires, des appareils de chauffage  ?

En tant qu’architecte, nous pouvons être convaincus, ou pas, de l’intérêt de ce changement, mais le BIM est en route. De nombreux pays travaillent déjà de cette manière, alors la question est plutôt de savoir comment bien s’y préparer pour en être des acteurs indispensables.

Ce n’est pas une révolution ou une marche infranchissable. C’est une nouvelle évolution dans nos pratiques, comme l’a été le passage du Rotring à la CAO, puis à la 3D géométrique, avec la production d’images de synthèse. Maintenant nous devrons rendre ces objets 3D «  intelligents  ».

Le BIM idéal, avec une maquette partagée et alimentée par tous, est une vision idéalisée qui deviendra peut-être réaliste dans plusieurs années. Pour l’instant, cela pose beaucoup de questions encore sans réponses, notamment du point de vue de la responsabilité juridique des différents intervenants.

Le passage au BIM doit se faire pas à pas. On parle de trois niveaux de BIM.

— Le BIM niveau 1 correspond à la modélisation d’une maquette numérique et à des échanges à sens unique à un instant.

— Le BIM niveau 2 correspond à une collaboration basée sur la maquette numérique avec un échange à double sens entre architecte, bureaux d’études et entreprises. La maquette doit servir de base d’export, mais également intégrer des informations des collaborateurs. Cette collaboration peut commencer progressivement avec un ou deux collaborateurs, et au fur et à mesure des projets et de la maturité de chacun, intégrer plus d’intervenants.

— Le BIM niveau 3 correspond à l’utilisation d’une maquette numérique et à son partage via un réseau aux différents acteurs qui peuvent s’y connecter à tout moment pour l’alimenter.

Le BIM peut être une belle opportunité pour notre profession. Même s’il bouscule un peu nos pratiques, il peut être l’occasion de nous replacer au centre du processus de conception.

Alors comment passer au BIM  ? Tout d’abord, bien s’informer sur ce que le BIM implique  : s’équiper de logiciels qui permettent de concevoir des maquettes numériques et essayer progressivement d’exploiter ces maquettes et d’échanger avec vos collaborateurs. Pour finir, nous devons garder en tête que si le processus BIM est une simple évolution, la maquette numérique est un nouvel objet qu’il faudra savoir vendre.

* BIM  : Building Information Model, en français «  Bâtiments et Informations Modélisés  »