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Où est la révolution numérique en architecture  ?

par Jérôme-Olivier delb, architecte, Paris, créateur du blog «  L’Abeille et l’Architecte  ».

Tout le monde se plaint de la non-reconnaissance de la profession. Oubliés, humiliés, maltraités, les architectes se plaignent tout le temps, souvent à juste titre. Le rapport de l’IGF sur les professions réglementées (qui au lieu d’être le bouc-émissaire d’une profession qui ne sait trouver que des coupables mais ne sait jamais se regarder en face ferait mieux d’être un support proactif) est très éclairant sur l’image qu’ont les Français de notre métier  : trop chers, trop payés, alors même que les chiffres disent le contraire.
Au lieu de se servir de ce rapport pour souligner notre pauvre singularité vis-à-vis des autres professions réglementées, certains préfèrent aller pleurer avec les robes d’avocats et les cravates de notaire. L’Ordre des architectes pourrait utiliser ce rapport et engager un infographiste (de qualité) pour créer des dataviz de la profession facilement communicables par les réseaux sociaux. Redorer notre blason, redonner du sens à notre métier, faire œuvre de pédagogie plutôt que de se regarder le nombril et dire que tout est la faute de l’AUTRE.

La puissance des réseaux sociaux nous permet aujourd’hui d’atteindre des populations jamais sensibilisés à l’architecture, des populations jeunes, férues de numérique, dans l’attente de services qui n’existent pas. Les architectes n’ont pas encore pris la mesure de la puissance du web  :

— Les sites des architectes sont souvent trop compliqués et illisibles.
— Les pages Facebook sont inexistantes ou trop peu animées.
— Les comptes Twitter des agences se comptent sur les doigts de la main gauche de Django Reinhardt.

Ne rien comprendre au monde numérique d’aujourd’hui et demain, c’est cela une des erreurs principales des architectes. Trouver un architecte pour un particulier relève de la gageure. Il nous faut inventer de nouveaux outils, pour sortir de notre torpeur, avant que d’autres petits malins (comme Archionline) surfant sur le numérique ne prennent les parts de marché les unes après les autres. Créer une application Smartphone permettant de géo-localiser un architecte près de chez soi, établir une plateforme commune (lisible) où les architectes pourraient montrer des extraits de leur travail… Il y a des dizaines d’idées à inventer pour nous réinventer.

C’est l’enjeu de demain, «  entreprendre et gouverner après la révolution numérique  », comme le disent Henri Verdier (aujourd’hui Administrateur Général des Données au gouvernement) et Nicolas Colin (aujourd’hui fondateur de The Family) dans leur livre «  L’âge de la multitude  ». La révolution numérique en architecture ce n’est pas que le BIM, loin de là. Tout reste à inventer avant que les Airbnb et Amazon de l’architecture ne finissent par nous enterrer.

Information :

A noter que l’Ordre vient de publier l’Observatoire du métier d’architecte édition 2014, agit actuellement contre archionline, rénove le site internet architectes.org pour permettre à tous de géo-localiser des architectes près de chez-soi en découvrant des extraits de leurs travaux, et continue la sensibilisation auprès d’un public de plus en plus large. Quant à la présence des architectes sur les réseaux sociaux, peut-être une bonne résolution de chacun pour 2015 ?

Julien VINCENT, rédacteur en chel le 308,