édito

To Bim or not to Bim

… that is no longer the question.

par croa

Si je vous révèle enfin ma culture shakespearienne, ce n’est pas tant pour susciter votre légitime admiration, que pour vous rappeler que le BIM* n’est pas issu d’une évolution de notre mode de production français, mais bien d’un modèle anglo-saxon qui y fait ses preuves. Mais l’importer en l’état en France aurait autant de sens que de décider que dorénavant, nous conduirons à gauche. Cet outil, qu’on nous annonce comme le messie dans l’acte de fabriquer le cadre de vie, (et sans lequel les cathédrales ne seraient pas ce qu’elles sont  !), doit absolument être adapté à notre culture française, et surtout pas l’inverse  : chez nos voisins, la maitrise d’œuvre dessine tout et les entreprises et compagnons réalisent scrupuleusement ce qui est dessiné. Chez nous, les architectes et ingénieurs ont depuis longtemps abandonné les études d’exécution au profit des entreprises. Et le compagnon, esprit gaulois oblige, prend parfois beaucoup de recul par rapport aux indications fournies sur les plans…

Aussi, le BIM français doit-il être inventé. Le Conseil National de l’Ordre des Architectes y travaille, notamment au sein de la mission présidée par M. Delcambres, le «  Monsieur BIM  » du gouvernement, pour définir la feuille de route de la généralisation du recours aux outils numériques dans la filière du bâtiment à l’horizon 2017. Votre Conseil régional y contribue également de manière active au sein d’un groupe de travail animé par le Creahd, qui réunit tous les acteurs de la filière, et dont l’objectif est de préparer le passage au BIM des acteurs régionaux, les grands mais surtout les petits.

Personne n’est dupe des demandeurs de la généralisation du BIM, ceux-là même qui ont dicté la norme HQE, la RT, etc. à savoir les grands groupes industriels. Comme l’a dit Shakespeare plus haut, il ne s’agit plus de se poser la question du BIM ou pas BIM. Nous avons là une formidable opportunité pour reprendre notre juste place dans le processus de fabrication de notre cadre de vie, tout en valorisant et perfectionnant notre savoir-faire. C’est pourquoi nous devons diriger cette révolution, dont l’impact pour nos agences sera très supérieur à celui du passage du crayon à la souris.

Espérons seulement que nos décideurs ne se laissent pas séduire trop vite par cette Bimbo du moment, dont ils se lasseront, comme d’habitude, mais qu’ils nous laisseront.

Vive l’Architecture, maintenant en 3D  !

* BIM  : Building Information Model, en français «  Bâtiments et Informations Modélisés  »