édito

A qui la faute ?

par Eric Wirth, président du Conseil Régional 
de l’Ordre des Architectes d’Aquitaine.

A propos du dumping, j’ai longtemps été extrêmement sévère avec mes confrères, car je considérais que chaque architecte était libre de proposer son prix et que s’il y avait dumping, il était forcément le fait des architectes et non du donneur d’ordre (qui ne s’en plaint jamais pour autant !).

J’argumentais qu’il était « facile » de proposer des rémunérations basses quand on ne connaissait pas son coût de production, qu’on ne comptait pas ses heures, ou que, plus gravement, on faisait porter le poids de cette dérive à nos salariés.

Aujourd’hui, la fonction que j’exerce depuis 
près d’un an me permet de prendre un peu 
de hauteur et de porter un regard probablement plus bienveillant sur les 1700 architectes que 
je représente, mais certainement plus objectif 
par rapport au scénario qui se déroule.

Le dumping n’est pas le fait des architectes, mais de la règle du jeu, celle qui a remplacé le client, le maître d’ouvrage, par l’acheteur public, qui consomme de la maîtrise d’œuvre comme des ramettes de papier A4 et pour qui le critère prix est le « Graal » du choix vertueux.

En 10 ans, le chiffre d’affaire moyen des confrères libéraux aquitains a chuté de 20% et leur revenu moyen de 30%. (1)

Comment expliquer cet effondrement : Crise ? Difficulté d’accès à la commande, notamment pour les architectes locaux ? Procédures Mapa avec 
son corollaire, le dumping ? « Parcours » pour présenter et obtenir son permis de construire ? Etirement des missions dans le temps ? Missions limitées au Permis de construire ? Projets bloqués ou ralentis en fonction du calendrier électoral, 
ou maintenant de la future réorganisation territoriale ? Sur-réglementation et complexification technique et administrative ?...

Les causes sont multiples mais, sauf pour 
la crise, nos élus (municipaux, communautaires, départementaux, régionaux, nationaux, ...) peuvent, s’ils en ont la volonté, impacter tous les autres facteurs de cette situation.

Notre avenir se joue donc « grâce à eux » 
ou « à cause d’eux ». Ils doivent en être conscients.

A nous, individuellement et collectivement, 
de leur porter ce message.

Vive l’Architecture (rémunérée, bien sûr) !

(1) Données ARA-PL Aquitaine