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À suivre…

par Anthony Jeamet, architecte dplg, Véronique Dif, architecte densais.

Comme à la fin de l’épisode d’une série dont le scénario nous captive, happés par l’histoire qui se joue sous nos yeux, nous attendons fébrilement le rebondissement et quand celui-ci arrive enfin, c’est une autre amorce qui surenchérit sur l’intrigue… Comment cela va-t-il finir  ? L’épisode «  Dumping  » a, semble-t-il, encore de belles années devant lui, à en croire tout ce qui est constaté ici et là. Pire, 
le phénomène semble évoluer.

Depuis le temps, nous pouvons passer rapidement sur les origines du phénomène  ; crise économique, raréfaction de la commande publique, les MAPA qui au détriment des concours classiques permettent de s’octroyer 
les services de l’architecte en dehors de tout cadre défini, d’en «  pomper  » la substantifique moelle et ce à moindre coût puisque le critère prix fait loi.

Dans notre scénario, le dupe de l’histoire est l’architecte qui pensait pouvoir sauver les meubles dans une période difficile en acceptant tout et surtout n’importe quoi.

L’arroseur finira-t-il arrosé  ? Trop tard, l’habitude de travailler au rabais s’est installée. Mais a-t-il le choix  ? Beaucoup d’agences ont pris, au fil du temps, la mauvaise habitude de gagner des contrats 
en sous-évaluant leur travail et si la tendance s’est généralisée, on pourrait presque se demander si celle-ci n’est pas devenue une «  économie parallèle  »…

Heureusement le dumping fait réagir. 
À lire et à entendre les témoignages publiés depuis quelques années, on s’aperçoit que le dumping fait le jeu de certaines structures (d’architectes  ?). Dans certaines «  grosses machines  » qui emploient beaucoup 
de personnes, on trouve une manne d’étudiants, architectes DE (Diplômé état)… autant de «  chair à canon  », corvéables à merci, désireux de découvrir leur futur métier. La précarité les pousse 
à surenchérir entre eux au nom de la sacro-sainte charrette et surtout pour sortir du lot (et peut-être décrocher un nouveau CDD  ?). Des agences qui fonctionnent donc à pleines voiles avec 
du personnel «  jetable  », rappelant 
et caricaturant à peine les procédés industriels de certains pays émergents. Le système semble bien rodé puisqu’il permettrait à ces «  majors  » de fonctionner au meilleur rendement et de proposer des tarifs défiant toute concurrence 
à condition d’avoir la quantité nécessaire (qui 
a dit qualité  ?), pour peu que celle-ci ait le culot de s’associer à une petite structure pour gérer 
le travail des «  petites mains  » de la grande, donc un sous-traitant sur-employé, non chargé et c’est «  tout bénef  ». Des petites structures qui, elles aussi, se vendent au moins offrant afin d’entrer dans le «  marché  », pensant pouvoir enfin travailler. Celles-ci n’auront à offrir qu’un service qui n’existe pas en architecture  : un «  service minimum  ». Ce faisant, elles s’assurent du travail à court terme, la faillite à long terme et par conséquent le bonheur des experts.

Doit-on rappeler que le dumping, au-delà de l’aspect suicidaire de la pratique, ne peut absolument pas être compatible avec nos pratiques actuelles qui tendent à s’étoffer au fur et à mesure de nouvelles règlementations  ; de se diversifier au grè des recherches de performances diverses (acoustiques, scénographiques…) ?. Dans le cadre d’une opération de logements, on nous demande déjà d’assurer la prise en compte des normes parasismiques en phase APS, il ne manquerait plus qu’on nous demande, après avoir réalisé 
les plans de commercialisation, d’assister 
aux réunions de syndic.

Bientôt, on risque de nous demander de les vendre. Remarquez, la boucle sera bouclée lorsque nous aurons la possibilité de les louer.
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