lettre ouverte

L’esthétique du divers

par BOUBACAR SECK, architecte

Comment faire pour loger ou reloger tant de citoyens avec une conjoncture où le coût de l’immobilier est si élevé  ? La part du loyer s’élève à environ un quart du budget des ménages. Dans les grandes villes, elle frise parfois la moitié des revenus quand elle n’était que de 15 % il y a vingt ans.

Pourtant, il est possible de régler cette question cruciale sans dogmatisme en sortant du plus petit dénominateur commun patrimonial qu’est le mal nommé «  immeuble à échelle humaine  » ou le fameux néo-haussmannien.

Certains bâtiments méritent d’être réhabilités. Parfois, il suffit de restituer sa modernité à l’architecture déjà là en la mettant à jour des normes techniques et de confort (Le village Bacalan).

Ailleurs où le terrain à bâtir s’est réduit en peau de chagrin, l’ingéniosité des architectes livre des solutions inattendues (Les Carmes à Bordeaux).

L’expertise du parc immobilier peut aussi aboutir au diagnostic de la démolition pour offrir l’opportunité d’une réécriture architecturale contemporaine des bâtiments traditionnels (Les Lauréades de Cenon).

Là où les réserves foncières posent moins de problèmes (Les Villas d’Actiparc à Billère ou Les maisons le Laurey à La Teste de Buch), des villas citadines performantes permettent de réinventer la bastide ou une nouvelle fabrique des villes moyennes.

Quelles que soient les configurations, la pénurie de l’offre locative sociale s’est tant accentuée et les dérèglements du marché se sont tellement accrus qu’un effort de réflexion, d’innovation et de prospective s’avère incontournable afin d’éviter le déferlement pavillonnaire et le fantasme de la « petite maison dans la prairie.  »

En attendant demain et les «  50 000 logements  », ces cinq exemples d’opérations innovantes érigées dans la région ne sont que le hors-d’œuvre d’une production variée et qualitative.

Habiter n’est pas seulement s’abriter. Il s’agit aussi de se déplacer, de s’instruire, de se divertir. Il s’agit de produire de la densité, de la mixité et de la proximité sans promiscuité… En quelque sorte, il s’agit de mieux vivre.

L’habitat est déjà une valeur ajoutée. Il est donc grand temps de remettre la question du logement au cœur du concept de ville. Il est temps de relever le défi de marier l’esthétique du divers de Victor Segalen et l’esthétique de la quantité de Jean Nouvel c’est-à-dire mettre des gens différents dans de beaux et grand appartements. L’architecture doit servir à cela  : mieux vivre  !