cultures

Architecture et handicap.

par Patrick Vettier, architecte. Propos de Nadia SAHMI recueillis par Pauline BELTRAN.

Cette année, nous fêtons 40 ans d’architecture déclarée d’UTILITÉ PUBLIQUE par la loi sur l’architecture de 1977. À parcourir l’exposition, «  Quand l’architecture efface le handicap  » jusqu’au 13 juillet à la Maison de l’Architecture de Poitiers, cette déclaration unanime prend ici tout son sens.

Il se dégage des projets exposés une attention particulièrement sensible, où l’architecture omniprésente n’est pas contestable, ni même contestée car elle y revendique le plein sens de l’usage qui autorise toutes les audaces. Transcender l’espace du quotidien des habitants qui y vivent, y travaillent, se soignent, s’éduquent dans un temps renouvelé, conçu pour eux et autour d’eux comme un plaisir de vivre, lumineux et partagé.

Cette exposition sera le lieu du débat public et de l’échange, de notre prise de conscience sur la notion de handicap mais aussi celle du vieillissement qui font partie de notre environnement, comme une nécessité permanente, propice à l’évolution de notre société.

Ce moment est aussi une rencontre avec Nadia SAHMI, architecte spécialisée et engagée dans les questions d’accessibilité, de qualité de vie, d’usages partagés pour permettre à tous d’accéder partout.

Nadia SAHMI a notamment participé à la rédaction de la loi de 2005 pour «  l’égalité des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées  ». Son approche est globale  : prendre en compte tous les besoins des citoyens et des usagers de manière à mieux les intégrer dans l’acte de bâtir. Son travail porte sur l’accessibilité bien sûr, mais aussi sur la qualité de vie et les qualités d’«  US-AGE  » dans une globalité.

Nadia SAHMI «  En réalité, la loi de 2005 a mal été portée  » explique-t-elle, «  Aujourd’hui, 90 % des constructions de logements sont règlementaires mais non «  utilisables  ». On réfléchit en termes d’autonomie mais non en termes d’autonomie de partage. Chaque individu doit pouvoir participer à la société et garder une relation physique avec les autres. L’accessibilité pour l’accessibilité est une erreur qui a généré des résistances, voire du rejet des personnes en situation de handicap  ». Nadia SAHMI précise que le sentiment d’injustice s’est renforcé au point que des personnes l’interrogent même en lui tenant ce type de propos  : «  pourquoi faites-vous autant d’investissement pour «  eux  » et rien pour «  nous  » qui sommes aussi dans un besoin  ?  ».

Pour les architectes, l’erreur principale serait de segmenter les approches (handicap physique, mental, auditif, les autres…)  : «  on ne doit plus penser seulement en termes de normes, mais adopter davantage une approche plus humaine.  »

Nadia SAHMI dit aujourd’hui avoir suffisamment de recul pour ne plus persévérer dans les mêmes erreurs. «  Il est temps de tirer la leçon de nos échecs. La loi de 2005 est trop réductrice  », continue-t-elle, «  nous devons adopter une méthode qui conditionne «  le vivre ensemble  ». Il ne s’agit plus de partir de la seule observation de la personne en situation de handicap pour espérer tendre vers le «  vivre ensemble  » mais d’observer les difficultés rencontrées par TOUS les usagers, à commencer par les «  valides  ». Cela nous permet de déceler tout ce qui, dans leur environnement intime et partagé, occasionne des gênes qui deviennent des impossibilités pour les ainés ou les personnes en situation de handicap.  » Pour Nadia SAHMI cette approche globalisée renforce la prise en compte des individus interconnectés au profit d’une meilleure application de l’esprit de la loi et de l’inclusion.