édito

The right place  ! (1)épisode 2

par Eric Wirth, président du conseil Régional 
de l’Ordre des architectes d’Aquitaine.

Lorsque j’ai décidé, il y a près de 30 ans maintenant, de quitter les Tropiques pour venir m’installer en métropole, mon Alsace natale ne cadrait pas vraiment avec le concept que je m’étais approprié  : sea and sun (non, rien d’autre…) !

Heureusement, il y a eu l’Aquitaine. Certes, même si en clignant très fort des yeux, et avec un peu d’imagination, les forêts landaises devenaient des cocoteraies, j’ai très vite compris, masque et tuba à l’appui, que le Bassin d’Arcachon n’était pas le lagon que j’avais quitté.

Néanmoins, j’ai eu le bonheur de découvrir une côte – plutôt – préservée. Et c’est bien grâce à la Miaca et à ses successeurs, GIP en tête, que mes cousins Germains, plus habitués aux côtes espagnoles, ont à chaque fois la surprise non feinte de découvrir un territoire intact et authentique. 
Ses habitants ne se sont pas laissés déposséder de leur cadre de vie par le tourisme de masse 
et les marchands du temple.

Sans Miaca, sans grande ambition politique d’aménagement du territoire, que serait aujourd’hui notre côte aquitaine  ?

Cette question, je la pose à nous, architectes.

Qu’aurait fait chacun de nous devant une belle et alléchante commande d’équipement hôtelier avec vue sur l’océan, ses vagues et ses surfeurs  ?

Nous qui revendiquons notre rôle sociétal, nos capacités d’anticipation, aurions nous été, individuellement et collectivement, à «  notre juste place  »  ?

Le sommes-nous aujourd’hui, en appliquant sans les remettre en cause certaines normes, dont on perçoit déjà les effets néfastes, car dictées exclusivement par des considérations économiques, comme l’étanchéité à l’air absolue  ?

Quel architecte se soucie du sable dont est fait son béton  ? Il n’est pas toujours besoin 
de tempête ou d’érosion naturelle pour dénaturer un littoral. L’Homme s’en charge très bien. (2) Nous devons rester des architectes-citoyens, vigilants et critiques.

Les nombreux visiteurs qui ont franchi les portes de nos agences les 6 et 7 juin comptent sur nous (autant que nous comptons sur eux)  !

Vive l’Architecture (en Pin maritime)  !

(1) «  La juste place ou le bon spot  ?  » (2) Le Monde du 30 mai 2013